Blog de la section syndicale de l'entrepôt Boulanger à hénin-beaumont
A quelques heures du départ en retraite de la moitié des sénateurs, mercredi 1er octobre, le président sortant du Sénat, Christian Poncelet, crée la polémique. Une polémique née d’informations « faisant état de l’attribution à vie à M. Poncelet d’un appartement de 200 m2 dans le très chic VIe arrondissement de Paris, tout près du Sénat ».
Faux, a rétorqué ce lundi l’élu UMP, qui a « démenti catégoriquement » dans un communiqué repris par l’AFP. Le bénéfice du logement de fonction « sera évidemment limité à la fin de son mandat de sénateur des Vosges », en 2014.
Une décision sage, tant la retraite des sénateurs s’avère déjà plus que luxueuse. Pour en avoir une idée précise, inutile de se rendre sur le site du Sénat. Le seul paragraphe de six lignes consacré au sujet ne renseigne que très partiellement.
Le détail des retraites sénatoriales n’est pas public, il est contenu dans une brochure confidentielle que viennent de recevoir tous les sénateurs sur le départ. Une brochure intitulée « Livret d’information des anciens sénateurs », que Rue89 s’est procurée en même temps que le document personnel stipulant la retraite mensuelle d’un sénateur.
Cotisez 19 ans, votre retraite sera calculée sur 36 années
Principal enseignement dudit document : pour le calcul de la retraite, les années cotisées sont quasiment toutes doublées. Ainsi, ce sénateur qui a travaillé et cotisé 19 ans durant, voit sa retraite calculée sur la base de 36 années. Il touchera 6 757,36 euros par mois jusqu’à la fin de ses jours.
Et les avantages ne s’arrêtent pas là. Le « Livret d’information des anciens sénateurs » liste de nombreux autres privilèges, certains menus, d’autres beaucoup plus conséquents :
Le sénateur à la retraite « bénéficie des prestations du restaurant du Sénat, de la buvette des parlementaires, du bureau de tabac et du salon de coiffure, dans les mêmes conditions que les sénateurs en exercice ».
Intéressant, car les prix pratiqués sont largement inférieurs aux tarifs habituels à Paris (excepté pour le tabac, qui n’est plus détaxé depuis plusieurs années).
50 % sur les billets d’avion, gratuité totale pour le train
Mais bien plus intéressants encore sont les « facilités de transport accordées aux anciens sénateurs » :
Ils « peuvent se faire rembourser chaque année par le Sénat 50 % du coût réel de 12 déplacements aériens (ou 6 aller-retour) sur les lignes métropolitaines, quelque soit le vol emprunté ».
Leur conjoint n’est pas oublié : « Dans la limite de ce quota, leur conjoint, s’il les accompagne, bénéficie du même droit. »
Pour ceux à qui la SNCF a réussi à faire préférer le train, la règle est toute trouvée : la gratuité. C’est écrit noir sur blanc :
Les sénateurs à la retraite bénéficient « d’une carte de circulation ‘Forfait France entière 1ère classe’ donnant la gratuité sur les billets et les réservations, hors suppléments, du réseau de la SNCF ».
Là encore, les conjoints ont aussi leurs avantages. Ils peuvent « également bénéficier chaque année du remboursement de six passages en 1ère classe effectués en métropole ».
Des privilèges indiqués par le « Livret d’information des anciens sénateurs » donc, mais qui bénéficient à tous les « membres honoraires du Parlement », précise la brochure. Les futurs ex-députés connaissent désormais la difficile retraite qui les attend.
et pour ceux qui crèvent la dalle...
La semaine dernière, Rue89 révélait qu’une très brutale hausse du chômage avait eu lieu au mois d’août. Nous avancions le chiffre de 40 000 demandeurs d’emploi supplémentaires (un record depuis mars 1993), mais celui que le ministère du travail a rendu public lundi soir à 19 heures est supérieur encore : 41 300.
Nous avons appris, entretemps (et nos confrères du Parisien l’ont confirmé ce lundi matin), qu’une enquête interne allait être diligentée pour trouver l’origine de l’information publiée par Rue89. La chasse aux « fuites » est devenue un sport très pratiqué par les temps qui courent. Déjà, sur pression de l’Elysée, France3 a porté plainte contre Rue89, après nous avoir demandé comment nous nous étions procurés les images « off » de Nicolas Sarkozy, juste avant son interview.
Quelques mois plus tôt, le journaliste Guillaume Dasquié avait été mis en garde à vue et interrogé rudement sur ses sources dans une affaire sensible mettant en cause les services secrets français.
Les nouvelles technologies, ces dernières années, ont déjà passablement compliqué la relation entre les journalistes et leurs sources. Un exemple pour l’illustrer : il y a quelques mois, un fonctionnaire du ministère de l’Intérieur a frappé à l’improviste à notre porte, rue des Haies. « Bonjour, je voulais vous donner une information, mais je me méfie de mes emails et de mon téléphone », a-t-il expliqué.
La situation ne va pas s’améliorer si les sources des médias se sentent traquées. Alors que Nicolas Sarkozy inaugure prochainement les « assises de la presse », il faut se demander quel type d’information on prépare en France si chaque scoop débouche sur une enquête à visée disciplinaire. On peut certes trouver anormal que des informations confidentielles « sortent » des administrations ou des entreprises. Mais d’un autre côté, c’est parfois très sain.
Plus généralement, force est de constater que sans sources, il n’y a pas de presse : il n’y a que de la communication officielle, soupesée, contrôlée, millimétrée. Ce qui n’est pas l’apanage d’une démocratie vivante.